• Black Facebook Icon
  • Black Twitter Icon
  • Black Pinterest Icon
  • Black Instagram Icon

AXES DE TRAVAIL THEORIQUES

 

Le campus propose 4 axes de travail, qui permettront d’alimenter le projet, à la fois sur une dimension historique (sur quels présupposés est construite la notion et la perception de paysage, en orient et en occident ?) et sur une dimension « futurologique » (comment se déplace cette notion dans une perspective critique des enjeux de la modernité dans laquelle le paysage devient actif – vers quels « attracteurs » dirait Bruno Latour, et avec quelles conséquences, pour le paysage et ses acteurs humains et non-humains ?).

 

Le campus enquêterait ainsi sur les particularités historiques et géographiques de l’appréhension du paysage, sur l’évolution de ses modes de représentation, sur l’impact à son endroit de la globalisation culturelle, des technologies digitales, des formes de résistances écologiques, des mutations épistémologiques, et sur les paradoxes contemporains pointés aujourd’hui dans les relations de l’homme à son environnement. Le projet a une nature spéculative qui invite à superposer des visions des mondes à venir sur les représentations actuelles du paysage. Les étudiants, les enseignants et les artistes pourront s’emparer à leur gré de ces pistes de réflexion et de spéculation, pistes qui s’élargiront, se développeront, se relieront au fur et à mesure de l’évolution du projet.

THEORETICAL AXIS OF WORK

SIC proposes 4 axes of work, which will help to feed the project, both on a historical dimension (on what presuppositions constructed the notion and perception of landscape in both the East and West), and on a "futurological" dimension (How does this notion move in a critical perspective of the stakes of modernity in which the landscape becomes active - toward which "attractors" as Bruno Latour would say, and at what consequences for the landscape and its human and non-human actors?).

SIC would thus investigate the historical and geographical peculiarities of the apprehension of the notion of landscape, the evolution of its modes of representation, the impact on it of cultural globalization, digital technologies, forms of ecological resistance, epistemological mutations, and on the contemporary paradoxes pointed out today in the relations of man to his environment. The project has a speculative nature that invites to superimpose visions of future worlds on the current representations of the landscape. Students, teachers and artists will be able to seize these lines of reflection and speculation, which will expand, develop and connect as the project evolves.

Victor Sjöström, « Les proscrits » / « The Outlow and his wife «, 1918

1 - L'INVENTION DU PAYSAGE

Une première piste de travail consisterait à observer comment la notion de paysage s’est construite de manières radicalement différentes dans les cultures européennes et asiatiques, le parti de la première étant de « réduire le paysage à la forme extérieure des choses, en ignorant délibérément sa tension vers l’esprit », à partir de ce que Augustin Berque[1] nomme « l’anti-paysagisme augustinien ». Celui-ci « oriente le regard de la conscience à l’opposé du spectacle de la nature » ; au contraire, le parti de la seconde, à partir de la tradition chinoise, relève plutôt d’une pensée relationnelle qui empreint le paysage des sentiments du sujet qui le contemple. L’environnement est investi de l’intentionnalité du sujet et le paysage se déploie au-delà de sa propre forme, vers le spirituel. L’héritage occidental du paysage, jusqu’avant la fin du XIXème siècle, tendait plutôt à réduire le paysage à la forme extérieures des choses.

Jean-Marc Besse a proposé, dans « Le goût du monde »[2], cinq approches du paysage, reprises par de nombreux chercheurs[3], qui s’affirment selon leurs champs spécifiques d’application : le paysage comme « représentation culturelle et sociale », issue de l’histoire de l’art ; le paysage comme « territoire façonné et habité par des sociétés particulières », celui des géographes ; le paysage comme « territoire produit et pratiqué par la société », qui tente de réconcilier géographie physique et humaine ; le paysage qui se confond avec « l’environnement matériel et vivant des sociétés humaines », une « expérience sensible des lieux », en une vision plus phénoménologique ; enfin, le paysage comme projet, renvoyant aux pratiques paysagistes, en une « apologie de la propédeutique du regard », dit Philippe Descola.

Il sera donc question, dans un premier temps, d’emprunter et de traverser ces dispositions du paysage, dans l’art et le cinéma contemporains, occidental et oriental, français et coréen, d’observer comment elles sont à l’œuvre et/ou s’affrontent au sein des représentations, par les mutations et interactions de leurs définitions ; ce qu’elles disent de nos rapports à l’environnement, comment nous les agissons, comment elles nous agissent, et ce qu’elles augurent de leur, et de notre, existence à venir.

______________________________________________________________________________________

[1]  « Paysage à la chinoise, Paysage à l’européenne», in « Le paysage au cinéma», Champ Vallon, 1999, p61-69.

[2]  Actes Sud Editions, 2009.

[3]  Philippe Descola, cours du Collège de France, « Les formes du paysage».

1 - THE INVENTION OF THE LANDSCAPE
 

A first line of work would be to observe how the notion of landscape has been constructed in radically different ways in European and Asian cultures—the first being to "reduce the landscape to the external form of things, deliberately ignoring its tension towards the spirit.” It starts from what Augustin Berque[1] calls “the Augustinian anti-landscapism,” directing “the gaze of consciousness to the opposite of the spectacle of nature.” On the contrary, the second, starting from the Chinese tradition, is rather a relational thought that imprints the landscape of the feelings of the subject who contemplates it. The environment is invested with the intentionality of the subject and the landscape unfolds beyond its own form towards the spiritual. The western heritage of landscape, until the end of the nineteenth century, tended rather to reduce the landscape to the external form of things.

Jean-Marc Besse, in "The Taste of the World,”[2] proposed five approaches to landscape, taken up by many researchers[3], who affirmed themselves according to their specific fields of application: landscape as a "cultural and social representation", a product of art historians; landscape as "a territory shaped and inhabited by particular societies,” that of geographers; landscape as "a territory produced and practiced by society,” which tries to reconcile physical and human geography; the landscape that is confused with "the material and living environment of human societies,” a "sensitive experience of places,” a more phenomenological vision; finally, landscape as a project, referring to landscaping practices, in an "apology of the propedeutics of the gaze," says Descola.

It will therefore, first of all, be a question of borrowing and crossing these landscape arrangements in contemporary Western and Eastern, French and Korean art and cinema to observe how they complement and/or confront each other in contemporary representations by the mutations and interactions of their definitions, what they say about our relationship with the environment, how we act, how they act on us, and what they portray about their lives and our future existence.

 

____________________________________________________________________________________________

[1] « Chinese-style Landscape, European-style Landscape», in « Landscape in Cinema», Champ Vallon Edition, 1999, p61-69.

[2] Actes Sud Edition, 2009

[3] Philippe Descola, Collège de France lectures, « The Shapes of the Landscape».